Philippe Huguenin-Génie, Délégué général du Forco

« Aujourd’hui, le Forco peut de nouveau parler d’avenir. »

Le Forco a connu de sérieuses difficultés financières en 2015. Depuis, la situation a été rétablie, avec l’aide des entreprises du commerce. Philippe Huguenin-Génie, son délégué général, nous explique comment la crise qui a affecté son organisme a été surmontée.

Il trace, par ailleurs, les perspectives d’actions et de développement du Forco, lequel peut de nouveau parler d’avenir.

Le Forco est l’OPCA des entreprises du commerce et de la distribution. Pouvez-vous définir ses missions ?

Notre cœur de métier est l’accompagnement des entreprises vers plus de performance, en facilitant le développement des compétences de leurs salariés. Pour être efficace, la formation doit s’inscrire dans une logique d’investissement.

Nous avons donc une mission de financement de la formation, mais aussi, et surtout, de conseil auprès des entreprises pour les aider à faire les bons choix dans leur stratégie de formation, notamment pour les TPE/PME qui n’ont pas de fonction RH dédiée.

Concrètement, cela se traduit par quatre grands axes d’activité :

- informer et conseiller les entreprises et leurs salariés sur les dispositifs de la formation continue ;

- accompagner et outiller les entreprises dans la définition et la mise en œuvre de leurs projets de formation ;

- orienter et optimiser l’investissement formation des entreprises en articulant les dispositifs et en mobilisant des financements publics ;

- faciliter et simplifier l’accès des entreprises et des salariés à une offre de formation diversifiée, innovante et de qualité.

Le Forco a connu des difficultés financières en 2015. Quelles en étaient les causes, et comment avez-vous rétabli la situation ?

L’origine de la crise venait d’un excès d’engagements du Forco par rapport à la collecte réalisée (317 millions d’euros à l’époque).

Nous financions trop par rapport à ce que nous collections. Une situation qui s’explique notamment par la mise en place, suite à la réforme de 2009, de sections de collecte strictement séparées pour les entreprises de 10 à 49 salariés et pour celles de 50 et plus. La loi nous interdisait de mutualiser les reliquats de la collecte des « 10-49 » vers les « 50 et plus ». Sur plusieurs années, cette section est devenue déficitaire pour atteindre 35 millions d’euros à fin 2014, puisque nous continuions à financer les actions de formation de ces entreprises.

Parallèlement, la réforme de 2014 est intervenue.

Elle s’est traduite par la suppression de la contribution « plan de formation » (le

« 0,9% »). Ainsi, là où le Forco collectait 150 millions d’euros au titre du plan en 2014, il n’a collecté que 14 millions de contributions volontaires l’année suivante… La crise du

Forco est aussi la conséquence de la réforme de la formation, qui créé un nouveau monde dans lequel nous devons inventer un autre schéma de fonctionnement que celui qui a prévalu jusqu’à présent.

Pour les enseignes du commerce, l’assainissent financier du Forco, auquel elles ont contribué, était l’occasion de repartir sur de nouvelles bases, afin que le Forco les aide plus efficacement dans leur processus de recrutement et de formation de leur personnel. Comment comptez-vous répondre à leur demande ?

Grâce à la mobilisation du conseil d’administration et des branches professionnelles du

Forco, nous avons conçu un plan d’apurement, validé par les services de l’État et inscrit dans notre convention d’objectifs et de moyens 2015-2017, que nous avons signée l’an passé. Les branches concernées par ce plan ont accepté de verser 21 millions d’euros

à titre de contribution exceptionnelle. À ce jour, 14,6 millions d’euros ont déjà été reçus de la part de deux branches professionnelles.

Les derniers accords sont en train d’être signés afin que le solde, soit 6,4 millions d’euros, soit recouvré d’ici la fin 2017. Les 14 millions d’euros restant (du déficit de 35 millions) ont été remboursés grâce au reliquat sur la section plan de formation « 10-49 salariés », à une réduction des engagements à financer la formation sur l’année 2015 et en réalisant des économies de frais de fonctionnement.

La crise est bel et bien derrière nous. Nous avons sécurisé le pilotage économique de la structure, fait le choix de migrer vers un outil de gestion plus performant, déjà utilisé par cinq OPCA majeurs, et nous avons reconstitué les équipes, après avoir connu près d’une centaine de départs l’année dernière. Le Forco est en ordre de marche pour offrir une qualité de conseil et de services optimale aux branches et aux entreprises adhérentes.

Le Forco héberge l’Observatoire prospectif du commerce. Quelle est la pertinence de cet outil, et comment utilisez-vous les données recueilles ?

L’Observatoire prospectif du commerce est piloté par les branches professionnelles. Il s’agit, avant tout, d’un outil d’aide à la décision sur l’évolution des métiers et des pratiques de formation au service de ces mêmes branches professionnelles. Il réalise des

études, produit des statistiques, élabore des outils, qui constituent autant de ressources pour mieux orienter les politiques emploi-formation du commerce et de la distribution, dans un monde économique et digital en pleine mutation. À l’heure du « big data », nous avons la volonté de faire encore mieux en termes de fiabilité, de périodicité et d’exploitation des données.

L’Observatoire prospectif du commerce permet aussi de donner de la visibilité aux métiers des 13 branches professionnelles du Forco, à leurs voies d’accès et aux certifications professionnelles qui sont proposées.

Quelle est votre feuille de route pour 2017 ?

Aujourd’hui, le Forco peut à nouveau parler d’avenir. Son conseil d’administration s’est doté de nouvelles orientations stratégiques pour la période 2017-2019, avec une ambition : « Asseoir le Forco comme l’OPCA de référence des branches professionnelles du commerce. »

Ces orientations stratégiques sont au nombre de sept, dont quatre sont prioritaires :

- garantir aux entreprises un socle de services lié à leur contribution formation légale (1%), complété par une offre de prestations à la demande ;

- accompagner et soutenir techniquement les branches professionnelles dans le déploiement de leurs politiques emploi-formation ;

- assurer une présence active du commerce auprès des partenaires régionaux ;

- éclairer les décisions des partenaires sociaux sur l’évolution des métiers du commerce et des pratiques de formation.

C’est une nouvelle page de l’histoire du Forco qui s’ouvre. Un challenge que nous allons avoir à cœur de relever en étant au service des 42 000 entreprises adhérentes qui nous font confiance !

Philippe Huguenin-Génie interviendra lors d’un comité de liaison formation qui aura lieu le 6 octobre prochain. Son intervention a pour but de répondre à vos questions sur la gestion de l’OPCA, son avenir, la consommation des fonds du CPF, etc. Cette réunion est également ouverte aux DRH et DRS qui le souhaitent.