La commission de concertation du commerce devient opérationnelle

Placée sous la tutelle du ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique et le secrétariat d’État au Commerce, la commission nationale de concertation du commerce a été instaurée par le décret du 19 octobre 2015 (n° 2015-1311). Un arrêté du 11 mars 2016 vient d’en définir la composition, rendant cet organisme désormais opérationnel.

La commission de concertation du commerce succède au conseil stratégique du commerce de proximité, supprimé par décret en mai 2013, et à la commission d’orientation du commerce de proximité, supprimée également par décret en mai 2015. La nouvelle instance récupère, par ailleurs, les attributions de la commission nationale du commerce équitable en matière de reconnaissance des labels décernés.

Bénéficiant d’une composition élargie et de missions plus étendues que les organismes auxquels elle se substitue, la commission de concertation du commerce a pour objectif d’éclairer et de conseiller les pouvoirs publics sur la situation réelle des commerces en France, sur leur contribution au développement de l’économie nationale et sur les retombées qu’ils génèrent en termes d’emplois.

• FORCE DE PROPOSITIONS

Outre son rôle de conseil, la nouvelle commission a pour vocation d’intervenir comme force de propositions en suggérant des actions concrètes, de dimension nationale ou européenne, visant à soutenir la compétitivité, l’innovation et le développement de notre secteur d’activités, ainsi que ses implications en matière d’emplois et de compétences associées. Elle peut également soumettre, aux ministères concernés, des avis et des propositions relatifs à l’efficacité des aides publiques dont bénéficie le commerce et à l’impact des politiques menées dans ce secteur.

Le décret instituant la commission de concertation établit le cadre des missions qui lui sont attribuées :

- réaliser un diagnostic économique de la situation du commerce en France, en s’appuyant sur les travaux de la commission des comptes commerciaux de la nation ;

- formuler des propositions tendant à favoriser le développement de l’activité et de l’emploi dans le commerce, en tenant compte de l’évolution des modes de consommation et de distribution ;

- évaluer les dispositifs existants de soutien au commerce, notamment en matière de compétitivité et d’innovation ;

- effectuer des études prospectives sur tout domaine d’intérêt concernant le secteur ;

- contribuer aux études d’impact des projets législatifs ou réglementaires, nationaux ou communautaires, susceptibles d’avoir un impact sur le commerce ou pouvant affecter la structure des filières commerciales.

Globalement, et c’est un point très positif, la commission pourra être consultée sur tout projet législatif ou réglementaire ayant une incidence sur le secteur du commerce.

• SOUS COMMISSIONS TECHNIQUES

La composition de la commission de concertation comprend les représentants des ministères concernés, ceux du CdCF et des fédérations du commerce, notamment de l’Alliance, des acteurs économiques, des personnalités qualifiées, des parlementaires, des salariés du commerce, etc.

Pour alimenter les travaux de la commission, trois sous-commissions techniques ont été créées. La première travaillera à l’emploi, la formation et la valorisation des métiers. Elle devrait être présidée par Didier Simon de Bessac, le directeur général adjoint de l’Alliance.

Alors que le commerce, avec 3 millions de salariés, constitue l’un des principaux pôles de création d’emplois, certains de ses emplois sont insuffisamment pourvus. La situation du chômage en France appelle le commerce à se mobiliser en faveur de l’emploi et de l’accueil des jeunes dans ses entreprises.

La fonction commerciale regroupe des métiers très variés (vendeurs, technico-commercial, logisticiens, etc.). L’expansion du e-commerce a fait apparaître de nouvelles fonctions (category manager, webmarketer, business developer, etc.). Actuellement, les profils allant de bac + 2 à bac + 5 sont les plus recherchés.

Toutefois, l’enjeu consiste à préserver la capacité du commerce à embaucher à tous les niveaux de qualification. Et, surtout, à assurer la meilleure adéquation entre l’offre et la demande d’emploi.

En fait, la difficulté à recruter des commerciaux est connue : image peu attractive ; manque de candidats ayant effectué une formation commerciale ; un turn-over élevé ; la demande des entreprises pour des bac + 4/5 ; préférence des candidats potentiels pour le marketing et la communication, une préférence justifiée par les écoles de commerce qui privilégient l’enseignement de ces matières.

• INTÉGRER LA RSE

À partir de ce constat, la sous-commission devra proposer l’adaptation des métiers et des formations aux nouveaux modes de commerce, avec une approche différenciée (commerce physique, commerce en ligne, détaillants, grossistes) et selon le format des entreprises.

Elle sera amenée à s’interroger sur la pertinence des qualifications (du CQP au bac + 4/5) et sur la pénibilité des métiers, et, parallèlement, à s’attacher à la promotion de la VAE, des CQP et CQPI, afin de valoriser les métiers et les parcours professionnels.

La deuxième sous-commission sera dédiée à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Guillaume Simonin, responsable du pôle « Économie-Compétitivité », y représentera l’Alliance

La responsabilité sociale des entreprises (RSE) s’est imposée comme un sujet majeur de nos sociétés. Elle définit la manière dont les entreprises intègrent les considérations sociales, environnementales et éthiques dans leurs activités économiques et leurs interactions avec les autres parties prenantes. La France, dans le cadre de l’ONU, a contribué à l’adoption, en 2015, de « l’agenda 2030 » , qui fixe 17 objectifs de développement durable couvrant l’ensemble des secteurs économiques, tant pour les pays industrialisés que pour les pays émergents. Dans cette perspective, les acteurs du commerce doivent collaborer avec les acteurs publics afin d’élaborer des solutions permettant de concilier exigence de compétitivité et responsabilité sociale et environnementale.

La sous-commission aura pour objectif d’accompagner les acteurs français du commerce dans la mise en place de leur politique de RSE, tout en respectant les critères de performance économique, et d’identifier les moyens de promouvoir une consommation responsable et durable auprès des consommateurs. Sa feuille de route portera :

- sur l’établissement d’un état des lieux des politiques de RSE existantes dans le secteur du commerce et sur l’analyse des forces et des faiblesses des stratégies menées en la matière ;

- sur la concertation à établir entre pouvoirs publics et acteurs du commerce ;

- sur l’évolution des modes de consommation ;

- sur la durabilité sociale et environnementale des relations fournisseurs.

À partir de ces thèmes de réflexion, la sous commission proposera aux membres de la commission de concertation un programme de travail visant à remplir les objectifs assignés.

• LES MUTATIONS DU COMMERCE

La troisième sous-commission traitera des mutations du commerce et des nouveaux usages clients. L’Alliance y sera représentée par Antoine Solanet, responsable du pôle « Social et Formation ».

Les échanges commerciaux sont en constante mutation, bouleversés par l’essor des outils et des solutions numériques. Au centre des stratégies commerciales, le client choisit ses modes d’achat, les circuits de distribution et les canaux de vente.

Dans ce contexte, le commerce en ligne, qui recouvre les différentes offres de service, bouleverse le marketing et la gestion logistique de l’activité commerciale. Ainsi, commerce physique et commerce en ligne se combinent et s’associent dans un renouvellement permanent.

Le commerce traditionnel doit donc, plus que jamais, rester inventif, proposer de nouveaux formats de magasins, de nouveaux canaux de distribution, spécialiser son offre, adopter de nouveaux moyens de paiement.

L’enjeu consiste à devenir une locomotive innovatrice pour soutenir la consommation et la croissance économique.

Face à ce défi, la sous-commission aura pour objectif :

- de partager l’information sur l’évolution du commerce et des modes de consommation ;

- d’établir une vision prospective des évolutions du commerce et des usages clients à l’horizon de cinq ans, en incluant des comparaisons internationales ;

- de moderniser l’appareil commercial et les techniques de relation clients ;

- de proposer aux commerçants des outils pour faciliter la transition numérique. Des outils adaptés à leur mode d’exploitation et aux différents stades de la vie de l’entreprise (création et développement) ;

- de penser la numérisation du commerce en termes d’effets territoriaux ;

- de répondre aux attentes sur l’amplitude d’ouverture des magasins ;

- d’envisager les évolutions de la logistique, avec, par exemple, l’instauration de plates formes de mutualisation.

On le voit, la commission de concertation et ses sous-commissions ont du pain sur la planche. On ne peut que se féliciter de la création de cette instance, qui était une demande forte du CdCF, et espérer qu’elle permettra une meilleure prise en compte des intérêts du commerce lors des projets législatifs ou réglementaires le concernant •